
Le Pape s'oppose à l'aide à mourir !
À mon grand étonnement, j'apprends que le Pape Léon XIV s'oppose à la loi sur l'aide à mourir, affirmant qu'il « est impossible de considérer comme normal de donner la mort. » Normal ? Quand nous sommes face à un être aimé à l'agonie qui nous supplie d'en finir, sommes-nous vraiment dans la « normalité » ? Non, qu'il s'agisse du suicide ou d'une aide à mourir, nous sommes confrontés aux extrêmes de la vie et donc à la mort. Et il appartient aux vivants restants d'en être responsables.
Du coup, ce refus de la « mort programmée » supposerait que seul Dieu en aurait le pouvoir et la responsabilité ? S'agissant de la « mort naturelle », ce qui devient de plus en plus rare, cette mort-là fait naturellement partie de la vie. Sans mort, il n'y aurait pas de renouvellement de la vie sur terre. La Vie contient donc en elle-même sa mort programmée : certains l'appellent l'apoptose, en référence aux feuilles mortes qui tombent durant l'automne.
La mort est donc d'avance programmée par la « Vie » et peut-être ou pas par Dieu (je vais y revenir). Cependant, je ne vois aucune intervention divine dans les accidents ou les maladies mortelles. Accuse-t-on Dieu, comme jadis, d'envoyer la peste ou des pandémies ? En clair, d'où qu'elle vienne, la mort nous habite. Mais, au nom du caractère sacré de la « Vie », nous nous devons de l'attendre sans nous la donner (le suicide) ni la donner à autrui. Les deux sont donc, à juste titre, interdits. Mais qu'en pense Dieu ?
D'abord Dieu est Amour et compassion et, de grâce, rien d'autre ! Dès lors, quand un suicidé arrive chez Lui, évidemment il est accueilli avec amour et compassion. Pas en enfer, comme parfois le prétendait l'Église qui refusait de l'enterrer chrétiennement ! Peut-être, en revanche, serait-il un peu en colère contre celles et ceux qui auraient, sur terre, omis de le soutenir avec compassion. L'interdit, issu de la loi religieuse humaine, ne nous exonère pas d'amour et de compassion envers le souffrant. Bien au contraire, l'amour et la compassion, depuis le message du Christ, s'avèrent supérieurs à tout interdit (cf. la femme adultère ou guérir le jour du sabbat). Tout le mythe-histoire du Fils de l'homme transgresse la loi de Moïse. « Je ne suis pas venu abolir la loi mais l'accomplir », disait-il (cf. Matthieu 5, 17).
Ainsi l'interdit de donner la mort à autrui, à rebours, nous invite également à la plus grande compassion envers celle ou celui qui nous implore d'arrêter ses douleurs insupportables. Et j'oserais même prétendre que le Christ nous accompagne dans cette épreuve et nous inspire le courage nécessaire pour accomplir l'inacceptable. De même pour le corps médical qui en a la tâche. Croit-on qu'elle s'accomplit de gaîté de cœur ? Qu'il soit ici remercié de braver l'interdit de la morale sociale au nom de la morale du cœur (cf. le podcast Les dix règles de la morale vitale).
En guise d'argument, le Pape estime que « ce qui est légal n'est pas nécessairement moral. » En effet, le dogme, ou la loi religieuse, n'a pas toujours été moral. Le chef de l'Église se souviendra de son histoire, comme l'hérésie cathare, au nom de laquelle l'Église a massacré tous les Albigeois durant un siècle, sans parler de l'Inquisition.
Évidemment, l'homme n'a jamais le droit de donner la mort. Mais quel être humain, ou quel Dieu, laisserait-il une personne aimée, ou même un animal, en souffrance, sans rien faire, sachant que rien ne pourrait la ou le sauver ? À nouveau, la douleur insupportable est supérieure à tout interdit ! La médecine n'accorde-t-elle pas, face à la douleur, l'utilisation de stupéfiants tels que la morphine ? Une drogue par ailleurs interdite, à raison.
Or, si Dieu a volontairement soustrait de notre monde sa propre volonté, c'est précisément pour nous offrir, par amour, un véritable libre arbitre sur terre (cf. le Tsimtsoum des kabbalistes ou le trône de David laissé vide par le Christ selon Luc). Dès lors, il nous appartient de le représenter en responsabilité, d'incarner son Amour, donc la compassion. L'aide à mourir en fait partie.
C'est pourquoi (j'y reviens comme promis), si Dieu nous a confié la responsabilité de la « Vie » sur terre, toute la responsabilité, il est permis de douter qu'il se soit gardé la prérogative de la mort. Notez qu'Il nous laisse nous entretuer à loisir sans broncher ! En clair, si Dieu est créateur de la « Vie » sur terre, ce que je crois, il n'en est plus responsable. Nous ferions bien d'en prendre conscience, car la Nature, on le sait, ne nous supporte plus. Et Dieu ne viendra pas nous sauver de nous-mêmes. En revanche, ce que Dieu nous interdit, ou plutôt nous supplie à genoux sur son prie-homme, ce sont d'abord et surtout nos manquements à l'amour sur terre.
Pensons, à titre d'exemple, à l'interdit de l'inceste. Il ne nous vient pas de Dieu lui-même mais de nos vies, de notre sang, sinon nous engendrerions des monstruosités. Il en est de même pour le racisme. Notre sang nous impose d'accueillir l'étranger, sinon, là encore, nous courrions le risque de disparaître. Mieux, le sang de la « Vie », de nos vies, nous invite à la fraternité et à la solidarité. Bref, Dieu, par son Amour, nous a tout donné ! Et c'est à nous de répondre à son Amour par notre amour. Le reste, c'est de notre responsabilité… Et ni Dieu ni personne ne peut s'arroger le droit de nous juger. Dieu lui-même, quand nous arrivons chez Lui, ne nous juge pas. C'est notre âme qui prend conscience des conséquences de nos actes, lors des revues de vie.
Notre Pape aurait-il oublié le commandement d'amour du Christ ? Un double commandement : celui de l'Amour du Père et le nôtre en retour, et, par suite, de nous aimer les uns les autres ; sinon, nous ferons notre propre malheur. Si la « Vie » est sacrée, elle appelle parfois des sacrifices de notre part envers autrui. Aider à mourir l'être aimé(e), quand il ou elle nous supplie de douleur, EST UN ACTE D'AMOUR ! Comment est-il possible que le représentant de l'Amour divin sur terre ne l'ait pas pressenti ?
Cependant, et par ailleurs, félicitons le Pape d'avoir défendu la paix, la dignité humaine, le rejet de la haine et de la violence, ainsi que le soutien aux plus pauvres et aux plus vulnérables.
Enfin, il importe de rappeler les immenses progrès de la médecine, capable de reculer la mort jusqu'à sa dernière limite, comme pour les personnes plongées dans le coma trop longtemps ou ce que l'on nomme parfois acharnement thérapeutique. Il est bien évident que cette limite, repoussée à l'extrême, nous impose à nouveau la responsabilité de prononcer le mot « fin » au nom de la compassion divine. Et donc humaine !
En conclusion, la loi du 18 août 2026 relative à l'aide à mourir est évidemment une loi d'amour et de compassion. Ses rédacteurs ont même fait preuve de bon sens. Rappelons que le texte législatif dispose à l'article L. 1111-12-2 : Une souffrance psychologique seule ne peut en aucun cas permettre de bénéficier de l'aide à mourir. Contrairement à ses opposants, ils savaient distinguer la souffrance émotionnelle pouvant conduire au suicide, exclue spécifiquement du texte, et la douleur physique insupportable permettant à juste titre l'aide à mourir (cf. l'actualité Le droit à l'aide à mourir ?).
Si vous souhaitez aborder nos origines spirituelles, notre nature double, avec son versant spirituel, une autre approche de la souffrance et de la santé, des lois qui les régissent ou la signification du Tsimtsoum et du trône vide, je vous invite à visiter le site www.aucoeurdespeuples.org (tout y est gratuit). Le jour où nous serons une majorité à éveiller en nous le processus démocratique universel inné, alors nous pourrons restituer le « pouvoir en commun » aux peuples et bâtir un monde libre et en paix. D'un paradis terrestre, nous en avons fait il y a 5.000 ans un enfer. Il ne tient qu'à nous, les peuples, et seulement à nous, de sauver la planète qui ne souffre plus nos mensonges politiques, écologiques et économiques !
Jean-Charles Conti, Draguignan, le 28 septembre 2026
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