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Le droit à l'aide à mourir ?
Philosophie & Spiritualité Jean-Charles Conti

Le droit à l'aide à mourir ?

Au passage en France du pape Léon XIV, une polémique fait rage entre certains religieux et laïcs s'agissant de la loi du 18 août 2026 relative à l'aide à mourir. Côté Droite religieuse, le suicide est interdit et son autorisation une rupture anthropologique remettant en cause l'interdit de donner la mort. Côté Gauche laïque, la loi serait une bonne réponse humaine et attendue face aux souffrances réfractaires en fin de vie. Les deux ont raison, mon capitaine, c'est leur polémique qui se trompe ! Pourquoi ? Parce qu'ils confondent « souffrance » et « douleur » et mélangent, à tort, loi divine et loi humaine.

La douleur physique a sa propre limite insupportable conduisant nécessairement à l'évanouissement, la perte de conscience. Tandis que la souffrance psychospirituelle ou émotionnelle, appartenant au monde spirituel, n'a pas de limite, c'est un puits sans fond. Et c'est pourquoi elle peut conduire au suicide. Cette confusion nous amène à croire qu'il y aurait des souffrances inacceptables, à l'instar de la douleur physique. Or, en réalité, toute souffrance émotionnelle revient à vivre une « injustice émotionnelle ». Prenons l'exemple ignoble d'une femme ou d'un enfant violés. La justice humaine doit condamner le criminel. Certes, mais que devient la ou le souffrant ? Que le criminel soit ou pas condamné, le souffrant reste seul avec sa souffrance. Qu'en fait-il ? Car la « justice spirituelle », en nous, ne sait pas condamner : elle ne sait que pardonner… ou pas.

Dès lors, si de son côté la douleur physique cicatrise indépendamment de notre volonté, notamment grâce à la médecine, la souffrance émotionnelle, elle, ne cicatrise que par la volonté du pardon. Or pardonner, nous en possédons aussi une capacité illimitée. Évidemment, pardonner, c'est pardonner l'impardonnable ; sinon, il n'y aurait rien à pardonner. Et c'est toute la difficulté pour le souffrant, laquelle peut le conduire au suicide (cf. le podcast Les 3 lois de la souffrance et de la santé).

C'est pourquoi les religions interdisent le suicide, non parce que le suicidé irait en enfer (Dieu ne punit pas !), mais par compassion, afin qu'il tente de trouver la force d'âme de guérir sa souffrance, par lui-même, dans cette vie-ci. Car, du point de vue spirituel, la souffrance émotionnelle enseigne. Elle nous enseigne nos déviations de vie spirituelles, notre « vérité vitale », nos manques d'amour. Et c'est pourquoi le Christ nous a invités à aimer nos ennemis. Ce qui, du point de vue de la raison humaine, est inacceptable, comme de pardonner l'impardonnable. Ainsi, la souffrance, le pardon et la justice spirituelle fonctionnent de manière symétriquement inversée au monde terrestre, et donc à la justice des hommes. La justice des hommes condamne le criminel, tandis que la justice spirituelle condamne, si je puis dire, le souffrant à perpétuité, c'est-à-dire jusqu'au suicide s'il n'arrive pas à cicatriser, s'il n'arrive pas à pardonner et retrouver sa vie. Car, quoi qu'il arrive, la Vie veut la vie. Du coup, ayant oublié, voire renié notre dimension spirituelle en nous et en dehors de nous, nous mélangeons tout.

Quoi qu'il en soit, certes les religions condamnent le suicide, mais avec compassion, uniquement dans le cadre de souffrances psychospirituelles, jamais en cas de douleurs physiques. Tandis que la loi relative à l'aide à mourir ou au suicide assisté ou encore à l'euthanasie (sortons des hypocrisies sémantiques), elle ne concerne spécifiquement que les douleurs physiques insupportables, là encore au nom de la compassion. Du reste, le texte législatif dispose à l'article L. 1111-12-2 : Une souffrance psychologique seule ne peut en aucun cas permettre de bénéficier de l'aide à mourir. Les rédacteurs, contrairement aux polémistes politiques, savaient distinguer souffrance et douleur. C'est-à-dire les deux mondes en nous. En conclusion, les vrais religieux et celles et ceux qui ont bien assimilé la véritable laïcité m'auront compris : rien ne les oppose !

En revanche, « donner la mort » SANS COMPASSION est évidemment condamnable tant par la justice spirituelle que par celle des hommes, puisque, dans les deux cas, la « vie est sacrée », y compris celle de nos amis les bêtes. Alors, au lieu d'embouteiller les médias avec des polémiques ridicules, nous ferions mieux de cesser de sacrifier, à notre profit, nos bêtes dans d'horribles douleurs (oui, ce sont de vraies douleurs !), de cesser le génocide à Gaza, la guerre en Ukraine et en Iran ou ailleurs, car dans tous ces cas, nous donnons la mort sans compassion et violons le caractère sacré de la Vie en nous et en dehors de nous. Celle que nous avons reçue avec amour, en vue de faire l'amour au monde. Certes, on n'est pas rendu !

Et, de grâce, cessons de croire qu'il serait dans la nature de l'homme d'être violent, va-t-en-guerre et dominant. En réalité, nous sommes devenus des barbares il y a seulement 5.000 ans (cf. le podcast La Chute néolithique). Contrairement à la version officielle, nous étions auparavant civilisés, solidaires, fraternels, sinon nous n'aurions pas survécu dans une nature souvent hostile (cf. le beau livre de David Graeber et David Wengrow Au commencement était… Une nouvelle histoire de l'humanité).

Livre : Au commencement était… de David Graeber et David Wengrow

Au commencement était… — David Graeber et David Wengrow

Si vous souhaitez aborder nos origines spirituelles, notre nature double, avec son versant spirituel, une autre approche de la souffrance et de la santé, des lois qui les régissent, je vous invite à visiter le site www.aucoeurdespeuples.org (tout y est gratuit). Le jour où nous serons une majorité à éveiller en nous le processus démocratique universel inné, alors nous pourrons restituer le « pouvoir en commun » aux peuples et bâtir un monde libre et en paix. D'un paradis terrestre, nous en avons fait il y a 5.000 ans un enfer. Il ne tient qu'à nous, les peuples, et seulement à nous, de sauver la planète qui ne souffre plus nos mensonges politiques, écologiques et économiques !

Jean-Charles Conti, Draguignan, le 27 septembre 2026

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