La Chute néolithique
Nous étions civilisés durant au moins 100.000 ans. Depuis que nous creusions des tombes pour nos amours. Nous vivions en petites sociétés proto-démocratiques libérales et égalitaires dans le cadre de hiérarchies bienveillantes. C’est-à-dire avec un chef politique qui organisait notamment le partage de la nourriture et la répartition des tâches nécessaire à la vie en société. Un guide spirituel transmettait aux jeunes le savoir du moment et les femmes maîtrisaient les plantes médicinales. Il n’y avait ni propriété, ni dette, ni guerre. Tout ceci est attesté par des chercheurs comme David Graeber, David Wengrow ou Karl Polanyi dans La grande transformation.

Il y a 5.000 ans, d’un paradis terrestre nous en avons fait un enfer. Après notre rupture ontologique avec le règne animal, bénéfice pour la jeune humanité, elle opéra, étrangement et un peu partout sur la planète, une rupture anthropologique : une involution spirituelle et morale que j’ai nommée « La chute néolithique » en analogie avec la chute biblique. Je n’en suis pas l’auteur, c’est Jacques Cauvin, un chercheur au CNRS, qui la proposa dans Naissances des divinités, naissances de l’agriculture. En revanche, je ne saurai expliquer sa cause première. Tout ce que l’on peut faire c’est son constat. Propriétés, dettes, guerres, famines, infériorisation de la femme, du faible, du malade, esclavage, maladies et les premières religions structurées apparaissent en quelques millénaires.

Au niveau psychosocial et psychoculturel, la sédentarisation et la domestication a priori bénéfiques se sont perverties. La première en appropriation illimitée et la seconde en pouvoir toxique sur… autrui, les femmes, les esclaves, nos amis les bêtes ainsi que sur les richesses et les ressources de la Nature alors illimitées, gratuites et non-remboursables (voir le podcast sur l’Argent magique). De la « vie bonheur », on en a fait une « vie malheur ». Or la question est la suivante : pourquoi ? Nous savons comment mais pourquoi, du moins selon moi, reste une énigme. La pensée officielle ne se la pose pas dans la mesure où cette involution fut nommée « civilisation », comme s’il s’agissait d’une évolution normale selon une trajectoire inscrite dans nos gènes.
Mais Graeber et Wengrow s’interrogent : « Arrêtons-nous un instant sur le mot "civilisation"… Le mot "civilisation" vient en effet du mot latin civilis renvoyant aux vertus de sagesse politique et d’entraide qui permettent aux sociétés de s’organiser sur la base de la coalition volontaire. Si l’on considère que c’est l’entraide, la coopération sociale, la participation citoyenne, l’hospitalité ou même simplement le souci de l’autre qui font la civilisation, alors son histoire reste presque intégralement à écrire. » C’est à partir de ce témoignage que j’ai acquis la conviction que nous étions d’abord civilisés puis barbarisés.

Mais la question du « pourquoi ? » reste entière. Car cette involution spirituelle et morale, cette Chute néolithique s’avère, hélas, toujours d’actualité. Nous chassions ensemble et un jour funeste, nous nous sommes chassés entre nous. Pourquoi ? Pourquoi la loi du plus fort prime en quelques millénaires sur la loi du plus juste ? Laquelle était déjà appliquée !
Je vous invite à visiter le site www.aucoeurdespeuples.org (tout y est gratuit). Mais vous n’y trouverez pas la réponse. A mon grand regret, je n’ai su y répondre. Mais le jour où nous serons une majorité à accepter nos origines spirituelles, ne plus les confondre avec le fait religieux qui n’a, lui aussi, que 5.000 ans, alors nous pourrons restituer le « pouvoir en commun » au peuple et bâtir un monde en paix. Il ne tient qu’à nous, les peuples, et seulement à nous, de sauver la planète qui ne nous souffre plus. Qui ne supporte plus nos mensonges politiques et économiques !
Grand merci pour votre patience.
Jean-Charles Conti, Draguignan, le 05 avril 2026
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