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De quel côté la violence ?
Politique Française Jean-Charles Conti

De quel côté la violence ?

Depuis le soulèvement des lycéens, la pensée bourgeoise, c'est-à-dire la bien-pensance politique, ne voulant pas sortir son chéquier, divise les Français en deux camps : les pour et les contre la violence dite urbaine. Alors que la question est ailleurs !

D'où provient la violence ? Commençons par poser une réalité ontologique : par nature, aucun enfant, même l'enfant Hitler, ne naît violent, il le devient. Alors d'où provient la violence ? De la frustration. Ici, de la frustration sociale. Un lycée démarre, puis deux, puis cent… La frustration sociale est contagieuse. Si l'imitation est un acte rationnel, la contagion, elle, est du ressort émotionnel, comme le rire ou l'état dépressif. Elle ne s'endigue pas avec de belles promesses rationnelles, mais avec de la vérité et de l'amour. Et c'est précisément ce qui panique Macron et les siens. D'autant que la violence, en premier lieu pour décourager les manifestants, ne fait que nourrir le cercle vicieux de la frustration sociale.

Le Larousse définit ainsi la frustration : « l'état d'esprit ou l'émotion d'une personne empêchée d'atteindre un but, de réaliser un désir ou de satisfaire un besoin. » Or quelles sont les revendications des lycéens et autres pans de la société ? Le manque de moyens financiers dans tous les domaines de la vie quotidienne des Français. C'est-à-dire leurs services publics ou, dit autrement, leur patrimoine commun.

Qui sont les responsables de la dégradation des services publics depuis 50 ans ? Le capitalisme néolibéral, où l'argent de l'État, donc du peuple, ne finance qu'une politique de l'offre sous le prétexte d'un ruissellement en argent sonnant et trébuchant sur le peuple. Laquelle, au final, enrichit les riches et appauvrit le peuple. Qui peut nier ce constat ? Les statistiques sont là : la pauvreté augmente tandis que le PIB, donc la richesse nationale, s'accroît. Certes par un artifice économique : c'est l'argent public qui finance cette pseudo-croissance. Thèse défendue par le banquier d'affaires Raphaël Rossello. C'est pourtant simple à comprendre : même les lois, supposées démocratiques, sont faites pour que les « propriétaires-dominants » (ou classe bourgeoise) volent l'argent des Français avec la complicité de gouvernants qui ne se cachent même plus.

Livre : Demain, la fin de l'insouciance ? de Raphaël Rossello

Demain. La fin de l'insouciance ? — Raphaël Rossello

Ainsi pompiers, corps médical, fonctionnaires, profs, étudiants et même les lycéens vivent une frustration récurrente, laquelle explose telle une cocotte-minute dans la rue. À ceci, il faut ajouter les black blocs, dissimulés en noir, mais instrumentalisés par les services de l'État en vue, encore une fois, de reporter sa propre faute sur les manifestants. Mais aussi les groupes mafieux qui lui passent un message : c'est nous les propriétaires de la rue !

Inutile donc d'avoir BAC+10 pour comprendre que la première des violences sociales réside dans la pauvreté, donc la frustration de manquer de tout quand certains ont trop. Or la bourgeoisie capitaliste a besoin des pauvres pour une raison simple : le chômage est nécessaire pour acheter une main-d'œuvre à bas coût et soumettre le peuple à la dictature du travail. D'où la souffrance au travail, encore une autre frustration.

Manque-t-on d'argent pour financer les services publics ? Non, bien évidemment. Rappelons un petit calcul simple (cf. l'actualité Pourquoi la rue s'enflamme ?). Selon l'INSEE, le salaire médian brut est de 2.800 €/mois. Pour 50 millions d'adultes, la calculette répond 1.680 Md€/an pour un PIB de 3.000 Md€ en 2025, toujours selon l'INSEE. Autrement dit, tous nos salaires bruts, privés, fonctionnaires, hospitaliers, profs, chômeurs, arrêts de maladie… Bref, tout le social de toute la population majeure ne coûte que 56 % de la richesse nationale par an. Il est clair que nous produisons au moins ce que nous coûtons. Et les 44 % restants ? 1.320 Md€, desquels il convient de soustraire le déséquilibre commercial, soit 70 Md€/an. Mais à cause de qui ? Qui a désindustrialisé la France ? Où sont parties nos industries ? Où est passée notre richesse nationale que seuls les travailleurs produisent ?

Un exemple explicite : qui a privatisé les PTT ? Aujourd'hui, La Poste est une banque et un assureur qui n'a plus qu'un seul objectif : faire du fric ! Ironie de l'économie capitaliste : hier, il fallait séparer la poste des télécoms pour des raisons économiques supposées évidentes. Aujourd'hui, La Poste vend des téléphones avec leur abonnement tout en n'étant plus un service public. Voilà d'où provient la violence sociale dans la rue ! Que ce soient les Gilets jaunes, les retraités ou les lycéens, la réponse à la question « de quel côté se situe la violence ? » sera toujours la même : du côté pognon ! Ou, si l'on préfère, d'un capitalisme néolibéral monstrueux protégé par un État antidémocratique et complice.

Il faut les entendre, les journaleux à la télévision officielle : « comment, dans une démocratie, disent-ils, peut-on manifester avec violence ? » Non, M. David Pujadas, les Français ne vivent pas en démocratie (cf. le podcast Les deux démocraties) mais dans une oligarchie ploutocratique qui est en train de se fasciser. Certes, avec 335.000 €/an de revenus, comment pouvez-vous comprendre la violence issue de la frustration, donc de la pauvreté ?

Voulez-vous une preuve ? Avant le 7 octobre, le ministre Nuñez a garanti à l'extrême droite que la police et la gendarmerie n'avaient reçu aucune retenue dans l'usage d'armes intermédiaires, c'est-à-dire les LBD et les grenades assourdissantes ou de désencerclement contre les lycéens. Après le 7 octobre, rétropédalage : Laurent Nuñez annonçait, face aux drames humains qui s'ensuivirent, qu'il suspendait l'usage des grenades assourdissantes. Mais que fait-il face aux voitures-béliers qui foncent sur les manifestants ? Vous aurez beau, M. Pujadas, diviser les Français sur un plateau de télévision en les manipulant, le réel est dans la rue !

En fin de compte, quoi qu'en dise le ministre, la violence urbaine n'est que d'un côté : le vôtre. Le côté d'une politique d'État, dont vous êtes le complice avec vos airs de sainte-nitouche, qui donne des ordres violents contre le peuple quand il a faim ! Que l'on fût sous l'Ancien Régime ou sous notre pseudo-démocratie en 2026, il y a toujours eu une minorité de riches qui soumettaient une majorité de pauvres par la violence. En clair, car vous semblez avoir la tête dure et la nuque raide, les violences ne sont pas les poubelles brûlées mais les mains arrachées, les mâchoires détruites et les yeux énucléés.

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Jean-Charles Conti, Draguignan, le 11 octobre 2026

Photo : Manifestation du 12 septembre 2017, par Maxence, CC BY 2.0.

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