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Une Banque centrale, ça fait quoi ?
Économie Jean-Charles Conti

Une Banque centrale, ça fait quoi ?

Quand une banque privée prête 30.000 € à un ménage ou une entreprise, elle crée précisément 30.000 € de monnaie. Mais ce pouvoir créateur n'est possible que pour financer tel ou tel agent économique privé. En aucun cas, elle pourrait se prêter à elle-même.

En réalité, elle le crée uniquement parce que, au-dessus d'elle, sa Banque centrale crée, quant à elle, ex nihilo (à partir de rien) automatiquement et strictement la même somme. Quand le crédit est remboursé, cette monnaie est détruite. Autrement dit, la création monétaire par une Banque centrale — sa première fonction — est rigoureusement contrôlée et limitée.

L'argent qui va et vient entre la Banque centrale et les banques privées s'appelle « monnaie centrale » et forme un circuit autonome et étanche au circuit de la monnaie fiduciaire (signifiant confiance) circulant dans nos poches. Ainsi, par ce double circuit monétaire étanche, toute spéculation, donc inflation, est impossible avec la monnaie centrale. Seule la monnaie fiduciaire le peut et ne s'en prive pas !

La seconde fonction d'une Banque centrale, nettement plus discutable, réside dans la fixation des taux directeurs du prix de la monnaie centrale prêtée aux banques privées, lesquels se répercutent sur les taux bancaires pratiqués dans le privé. C'est avec cet outil qu'elle est supposée contrôler la stabilité de l'économie. Quand les prix à la consommation s'envolent sans raison économique apparente (l'inflation), la Banque centrale augmente les taux d'intérêt, ce qui a pour conséquence de ralentir l'économie, augmenter le chômage et appauvrir les classes moyennes. Or nous verrons que ce lien supposé causal entre les taux d'intérêt et l'inflation, théorisé par Milton Friedman, s'avère loin d'être si évident.

Notez, avant de poursuivre, qu'une Banque centrale n'est pas là pour faire des bénéfices à redistribuer à ses actionnaires. Elle est une banque appartenant au peuple et peut prêter aux banques privées à taux zéro, ce que la BCE (Banque Centrale Européenne) a fait de 2016 à 2022 pour 2600 Md€. On a parlé de taux négatifs ! Puis INFLATION MONDIALE.

Il existe une troisième fonction possible, et c'est celle-ci qui nous intéresse, laquelle a été interdite par l'UE (sous l'influence de l'ordolibéralisme allemand). Une Banque centrale pourrait prêter directement aux États à taux zéro, ce que faisait la Banque de France sous de Gaulle, jusqu'en 1972. Ainsi les 80 Md€ d'intérêts à payer en 2027 n'existeraient plus !

Pourquoi l'ordolibéralisme l'avait interdit ? Parce que l'idéologie néolibérale est fondée sur l'investissement des capitaux (le capitalisme illimité et extractiviste). Or ce qui se passe en réalité, en guise d'investissements, il s'agit de spéculation, laquelle nourrit l'inflation. A titre d'exemple, selon Jacques de Larosière, ancien gouverneur de la Banque de France, 75 % de l'activité humaine sur la planète concerne la spéculation, le reste revenant à l'économie réelle. C'est dire l'ampleur du drame.

Du coup, les États, avec l'argent public financent le secteur privé à coups de dégrèvements (cotisations sociales, impôts, aides aux entreprises, CICE, flat tax, CIR ou crédit d'impôt recherche…). C'est donc la confusion entre les circuits d'argent public et privé par les États qui pose le vrai problème d'une saine économie, puisqu'elle est fondée sur la spéculation privée avec l'argent public. Et c'est pourquoi les politiques de l'offre et de la demande, financées par l'argent public, conduisent aux crises récurrentes, voire à la faillite d'un pays. Dès lors, on comprendra mieux la posture de l'ordolibéralisme envers la BCE. Si elle finançait directement les États, lesquels déverseraient cette manne sans compter sur le secteur privé (le propre du capitalisme), le système économique néolibéral serait vite en faillite. Cependant, cette précaution est loin d'être suffisante dans la mesure où les États contournent cette règle, en finançant quand même l'économie privée mais avec, cette fois-ci, de la dette. Laquelle s'avère le meilleur outil de spéculation et s'accumule partout depuis 50 ans. Ce qui met en échec, malgré tout, l'idéologie néolibérale. D'où la faillite imminente de ce capitalisme dévastateur pour la Nature et spéculatif. Tant que ça dure, les riches s'enrichissent sur le dos des peuples !

Revenons à la troisième fonction d'une Banque centrale (celle qui, par exemple, a existé durant les Trente Glorieuses) : financer directement les États. Mais à une condition essentielle : ne JAMAIS mélanger les circuits public et privé. Autrement dit, l'argent public du peuple doit financer UNIQUEMENT les Biens communs appartenant aux peuples (planification écologique, énergies, infrastructures, services publics, santé, éducation, retraites, IA…).

Quel est son fondement idéologique ? Les richesses et les ressources naturelles d'un pays (les communs) appartiennent à son peuple. Je dirais même que le pétrole, le gaz et les terres rares appartiennent à toute l'humanité où qu'ils fussent stockés par la Nature. Mais restons en France, une Nation où nous n'avons pas de pétrole mais des idées !

L'une des idées principales est celle d'« Argent magique ». De quoi s'agit-il ? Les fameux communs (richesses et ressources issues de la Nature) seraient monétisés par l'argent public de tous les Français (et les résidents). Par exemple, l'électricité, quelle que soit sa méthode de production, l'État, avec l'argent public, investirait dans sa production, puis serait vendu au prix de revient à chaque Français (ménages et entreprises) au lieu de subir le tarif ARENH excessif imposé par l'UE, remplacé depuis le 1er janvier 2026 par le tarif VNU, un peu meilleur. Rappelons que le tarif historique d'EDF est de 42 €/MWh et qu'il est encore vendu plus du double, notamment à cause d'intermédiaires imposés par l'idéologie supposée d'une concurrence libre, loyale et non faussée. C'est avec ce type d'idéologie que les Américains et les Chinois s'emparent de l'économie européenne, notamment son industrie.

Définition de l'Argent magique : par une Banque centrale souveraine, création de la monnaie ex nihilo, illimitée, gratuite et non-remboursable. Est-ce possible ? Illimitée, dans la mesure où son investissement s'arrête à la réalisation de projets communs ; gratuite, dès lors qu'une Banque centrale ne nécessite aucune rentabilité ; non-remboursable, car elle peut garder sa créance au fond de son bilan éternellement, sans que personne ne soit lésé.

Face à cette approche, a priori insensée, toute la question réside dans la construction d'une économie saine, durable et respectueuse de la Nature ? Un impératif désormais catégorique kantien pour toute l'humanité. D'abord il faut admettre les échecs successifs depuis Adam Smith et, par suite, remettre en cause toutes les croyances en économie, mêmes super mathématisées, afin de repartir sur des bases solides. Lesquelles ?

1/ Reconnaître que, depuis l'origine de l'humanité, la Nature lui a offert toutes ses richesses et ressources de manière illimitée, gratuite et non-remboursable (tous les ans, la Nature se reproduit). Ce que l'argent magique, idéalement, pourrait monétiser aujourd'hui !

2/ Que les circuits d'argent public (magique) et privé doivent impérativement rester étanches, afin d'éviter toute spéculation, donc inflationniste. Ce qui n'a jamais été le cas !

3/ Établir les critères d'une planification écologique et sociale fléchant, avec sobriété, les filières nécessaires aux Biens communs et organiser la vie des entreprises vers 50 % de SCOP. Les SCOP sont des entreprises privées, appartenant à leurs salariés, lesquelles appliquent la réelle démocratie (cf. le podcast Les deux démocraties) et permettront de sortir de l'intérieur de ce mauvais capitalisme en un « Capitalisme coopératif » (ou communisme, selon l'excellente approche de Bernard Friot). À ce jour, 10 % des entreprises sont des SCOP.

Si vous souhaitez aborder une Économie spirituelle avec son Capitalisme coopératif, une autre approche de la politique et sa transcendance (un ascenseur), ses « deux pouvoirs », le bon et le mauvais, ainsi que la Loi universelle de coopération, je vous invite à visiter le site www.aucoeurdespeuples.org (tout y est gratuit). Le jour où nous serons une majorité à éveiller en nous le processus démocratique universel inné, alors nous pourrons restituer le « pouvoir en commun » aux peuples et bâtir un monde libre et en paix. D'un paradis terrestre, nous en avons fait il y a 5.000 ans un enfer. Il ne tient qu'à nous, les peuples, et seulement à nous, de sauver la planète qui ne supporte plus nos mensonges politiques, écologiques et économiques !

Jean-Charles Conti, Draguignan, le 28 août 2026

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