
Stratégie des Insoumis ?
En 2008, quand J-L Mélenchon quitte le parti socialiste, il part avec une triple analyse et deux conclusions.
1/ L'écologie est un drame vital pour l'humanité et la planète.
2/ La crise démocratique (Lepen en 2002) affaiblira les partis de Gauche comme de Droite et produira un FN en tête. Le FN est renommé en RN en 2011 par Marine Lepen.
3/ La cause commune des deux premières crises réside dans l'économie néolibérale qui détruit la planète et asservit l'humanité.
Deux conclusions en découlent.
1/ Il ne restera que l'Extrême-droite et la Gauche radicale. Les autres partis vont s'effondrer. 2027 va peut-être lui donner raison. Il fondera le Front de gauche en opposition frontale, si je puis dire, au Front national.
2/ La Gauche radicale devra cliver, s'opposer point par point dans tous les domaines sociaux, politiques et économiques. En 2016, il crée une machine de guerre politique avec La France Insoumise.
De ce double constat, il formule une stratégie claire et implacable : pour tout changer, en France, il faut se faire élire Président. Pour ce faire, il faut bâtir une armée de militants. Du reste, le mot « militant » provient du vocabulaire militaire. Il en sera le général et ses cadres des lieutenants. LFI n'est pas un parti qui encarte des militants, mais un mouvement populaire ouvert à toutes et tous qui partagent sa philosophie et son analyse.
Deux stratégies :
1/ Participer, en France, à toutes les luttes locales avec détermination, quitte à s'imposer dans toutes les luttes syndicales.
2/ Établir une présence constante sur tous les réseaux sociaux. On se souviendra de son hologramme à la présidentielle de 2017, lequel va parler aux jeunes.
En conclusion, on comprendra mieux, contre ses opposants et les médias officiels, les débats houleux, parfois violents, très critiques, ne lâchant rien, pied à pied, au risque de passer pour un homme politique excessif et dangereux. De même, LFI n'est pas une démocratie interne, le général Mélenchon ne peut se permettre l'ouverture de la moindre faille interne dans laquelle s'engouffreraient ses opposants. D'où l'exclusion de certains des premiers cadres qui réclamaient plus de démocratie. En effet, loin d'être une démocratie, LFI est une armée en guerre électorale jusqu'à la Présidence afin de prendre le pouvoir en vue de rétablir, a contrario, la vraie démocratie avec la 6ème République. C'est tout le paradoxe stratégique entre le fond et la forme, entre sa philosophie humaniste (cf. l'actualité Philosophie des Insoumis) et sa conduite interne autoritaire du mouvement Insoumis depuis son origine. Vu de l'extérieur, ses opposants, loin d'y voir une stratégie construite, s'en servent sournoisement pour tenter de l'abattre. Mais en vain ! Pourquoi ?
Parce que, face à la forme autoritaire, sur le fond, Mélenchon s'avère l'architecte d'un programme réellement démocratique, écologique et social, remarquable et inégalé. C'est pourquoi, pour ses lieutenants et le peuple Insoumis, seul le programme importe, tout le reste, stratégie et forme, n'est que secondaire. D'autant que les dégâts du néolibéralisme sont de plus en plus visibles aux yeux d'un peuple qui ne sait plus vraiment où il habite, au sens littéral.
En face, Marine Lepen établit également une stratégie mais radicalement opposée à celle de Mélenchon. Elle est élue Présidente du FN en 2011 et le renomme RN. Il s'agit de se fondre dans le système pour être élue. Elle opère donc un retournement de veste radical. Fini l'opposition à l'Europe, l'euro et le système économique néolibéral. Son socle d'électeurs populaires et ouvriers, à leur insu, sont mis de côté notamment par un Bardella qui, lui, fraye avec le Medef, les grands patrons et l'élite financière. Elle banalise son parti et s'affiche, avec ses chats, en mère tranquille du peuple. Bref, elle n'est plus un réel danger pour la République. Le danger a changé de camp, il est aujourd'hui chez Mélenchon. Du coup, elle « file le train » au macronisme : soit le RN vote avec, soit s'abstient. Notamment les lois liberticides, comme la dernière supposée protéger les adolescents de moins de 15 ans, alors qu'il ne s'agit que de censures médiatiques et de contrôle de population. Mais aussi celles qui favorisent les impôts des riches ou encore la réintroduction de pesticides et la loi d'urgence agricole en 2026… En réalité, la stratégie de Mme Lepen n'est pas assise sur la colonne vertébrale idéologique d'un programme construit depuis dix ans, à l'inverse des Insoumis. En public, elle persiste à dénoncer le système, notamment celui supposé laxiste avec l'émigration ; à l'Assemblée nationale, elle vote avec ledit système macroniste et néolibéral. Ainsi émergent deux stratégies opposées avec leur propre contradiction. Mais l'une défend le peuple en cherchant à être élu ; et l'autre le sacrifie pour être élue.
Au vrai, il n'existe qu'un seul programme bienveillant, c'est celui qui défend le peuple. Or qui défend le peuple ? À chacune et chacun d'y répondre.
Du reste, M. Macron, en 2024, espérait une majorité RN à l'Assemblée nationale et donc un gouvernement RN et surtout pas LFI. Pourquoi ? Parce que le RN maintiendra le système économique néolibéral et par suite les inégalités de richesses encore jamais vues. En ce sens, Emmanuel Todd vient d'émettre l'idée du macrolépénisme : le macronisme et le lepénisme ne sont plus de simples opposés, mais les deux faces d'un même système qui polarise la vie politique française.
J'espère que cette courte analyse permettra aux électeurs de se situer en connaissance de cause. Précisons que les autres partis n'ont plus aucune stratégie. Macron, par la sienne (ni droite ni gauche tout en appliquant une politique contre le peuple), les a étouffés, réduits à néant depuis dix ans. Époque où Marine et Jean-Luc ont commencé à échafauder la leur, année après année. Une stratégie, par essence, ne s'invente pas du jour au lendemain. C'est même la raison principale du gloubi-boulga des autres partis pour 2027. À neuf mois des élections, ni la Droite ni la Gauche dite raisonnable n'émergent.
Si vous souhaitez mieux approcher l'histoire de l'économie libérale et néolibérale, ses ravages sociaux, industriels et financiers, ou pourquoi la pauvreté augmente-t-elle dans un pays de plus en plus riche ? En réponse, ma proposition d'une Économie spirituelle avec son Capitalisme coopératif. Je vous invite à visiter le site www.aucoeurdespeuples.org (tout y est gratuit). Le jour où nous serons une majorité à éveiller en nous le processus démocratique universel inné, celui qui fait réellement défaut à nos politiques, alors nous pourrons restituer le « pouvoir en commun » aux peuples et bâtir un monde économique sain, libre et en paix. D'un paradis terrestre, nous en avons fait il y a 5.000 ans un enfer. Il ne tient qu'à nous, les peuples, et seulement à nous, de sauver la planète qui ne supporte plus nos mensonges politiques, écologiques et économiques !
Jean-Charles Conti, Draguignan, le 1 août 2026
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