
Parlons démocratie selon Bookchin
Parlons démocratie. Celle qui rendrait l'espoir aux Français mais qui n'est pas vraiment connue : le « Confédéralisme » d'un auteur américain, Murray Bookchin, pionnier du mouvement écologiste, selon un ouvrage synthétique des années 1990 : La Révolution à venir, assemblées populaires et promesse de démocratie directe. En tant qu'autodidacte, j'ai lu nombre d'ouvrages sur la démocratie. Aucun, à ma connaissance, n'est allé aussi loin et en profondeur.
En synthèse, l'auteur conçoit « la politique au sens grec de gestion de la polis, ou communauté, [où] l'individu peut se transformer, et de simple individu devenir un citoyen ou une citoyenne active – d'un être privé devenir un être public. » J'ai nommé cette transformation en politique la « Transcendance laïque ». C'est une faculté innée, propre à l'humain.
Il l'oppose clairement à la politique d'État : « ce dispositif dont les rouages sont conçus pour dominer et faciliter l'exploitation de la population dans l'intérêt d'une classe privilégiée. » Et de préciser : « La politique, presque par définition, est au contraire l'engagement actif de citoyens et de citoyennes libres qui prennent en charge les affaires municipales et défendent la liberté de cet engagement. »
Partant de la municipalité, creuset idéal de la démocratie directe, il fait remonter le « pouvoir en commun » en confédérant les communes. Chaque commune, ainsi dirigée par les citoyens, nommerait un député confédéré qui les représenterait au sein d'une circonscription, département et région. L'État ne détiendrait plus tous les pouvoirs centralisés.
Son « Municipalisme libertaire » fonctionnerait également dans le domaine économique. S'agissant des « besoins utiles », les entreprises concernées seraient gérées par les mêmes citoyens, sans esprit de rentabilité, mais avec comme principales consignes de protéger l'écologie, équilibrer les comptes et vérifier que les employés travaillent dans de bonnes conditions avec un salaire décent. Bref, respectant les « valeurs universelles » tant pour l'humain que la planète. Selon Bookchin, ce système économique qu'il qualifie de « Commune des communes », à la fois social et écologique, serait le seul qui pourrait remplacer concrètement le capitalisme néolibéral et son principe « croît ou meurt ».
Sa seule erreur, du moins selon moi, serait d'attribuer à la raison humaine, « intelligence et sagesse », écrit-il. Or j'ai montré ailleurs qu'il fallait cesser de confondre conscience et raison. La conscience est créatrice et morale tandis que la raison est stérile (elle ne crée rien) et amorale (elle ne connaît ni le Bien ni le mal). Il suffit donc de remplacer dans ses propositions le mot « raison » par celui de « spirituel », comme je l'ai défini, pour obtenir un corpus cohérent et valide. À mes yeux, l'auteur a produit des travaux considérables et admirables, notamment celui d'organiser concrètement la remontée du « pouvoir en commun » sans le dissoudre, voire le perdre en cours de route. Évidemment, nous sommes au niveau théorique. Cependant, sa connaissance de l'histoire lui permet de citer divers exemples, notamment et surtout celui de la Grèce de Périclès où l'État n'existait pas encore. Une fois de plus, ce sont les monarchies, en usurpant le droit Divin, qui l'inventèrent à partir du XV\u1d49 siècle pour mieux soumettre les peuples (Cromwell puis Louis XIV).
Cependant, si l'idéologie anarchique que développe Bookchin jusqu'à supprimer l'État, voire l'État-nation, au nom de la fraternité des peuples, il convient de faire avec le principe de réalité : l'État a sa nécessité. Non en termes de pouvoir mais d'administration d'un pays ainsi que des relations internationales. En revanche, vidé de sa puissance dominatrice, il ne pourra plus exploiter le peuple, ni favoriser les privilèges des possédants. Utopie ? Oui ! Mais, aujourd'hui, une utopie nécessaire. Car qui ne voit pas les conséquences désastreuses d'un pouvoir centralisé et mondialisé ? Climat, biodiversité, économie, impérialisme, guerres…
Quoi qu'il en soit, on en reviendra toujours au même, son Municipalisme libertarien associé au Confédéralisme, social et écologique, partant de la commune pour remonter à la Nation, n'est envisageable qu'après avoir instauré la Démocratie directe suite à une constituante au niveau national. Comme je l'ai précisé dans mon livre, après l'avoir instauré au niveau de la Nation, il faudra, en effet, immédiatement la concrétiser au niveau communal. C'est à ce premier niveau que l'« Esprit démocrate », comme je l'ai décrit, pourra s'enseigner, se diffuser et se pratiquer de génération en génération, et faire de chaque individu un citoyen et une citoyenne, au sens où notre auteur l'envisage : libre, social et écologique. Rappelons enfin qu'il y a URGENCE ! La Nature ne nous souffre plus.
Si vous souhaitez aborder une autre approche de la politique spirituelle et de sa transcendance, découvrir la différence de nature entre conscience et raison et celle des « deux pouvoirs », je vous invite à visiter le site www.aucoeurdespeuples.org (tout y est gratuit). Le jour où nous serons une majorité à éveiller en nous le processus démocratique universel inné, celui que défend notamment Murray Bookchin, alors nous pourrons restituer le « pouvoir en commun » aux peuples et bâtir un monde libre et en paix. D'un paradis terrestre, nous en avons fait il y a 5.000 ans un enfer. Il ne tient qu'à nous, les peuples, et seulement à nous, de sauver la planète qui ne supporte plus nos mensonges politiques, écologiques et économiques !
Jean-Charles Conti, Draguignan, le 23 juin 2026
Pour approfondir cette vision d'une société réconciliée avec le pouvoir citoyen, découvrez le livre et le projet sur www.aucoeurdespeuples.org