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Mélenchon face à Gaza
Politique Internationale Jean-Charles Conti

Mélenchon face à Gaza

Benoît Christal, grand reporter, et Gallagher Fenwick, éditorialiste politique, ont présenté ainsi leur livre titré 7 octobre 2023, Israël Gaza, l'affrontement des tragédies : « Écrire sur le Proche-Orient, depuis le 7 octobre 2023, revient à plonger dans un abîme très sombre, à avancer dans l'obscurité des traumatismes et l'actualité mouvante. »

Il y eut l'horreur innommable et il y a toujours un génocide, confirmé par la Commission des Nations unies, selon sa définition rédigée en 1948. Il y eut 1200 morts israéliens et il y a jusqu'ici au moins 30.000 morts gazaouis. De son côté la CPI a émis un mandat d'arrêt contre deux dirigeants d'Israël, Benyamin Netanyahou et Yoav Gallant, pour crime de guerre et crime contre l'humanité, avec l'utilisation de la famine comme méthode de guerre, le meurtre, la persécution et l'extermination. Par ailleurs, la même CPI a émis un mandat d'arrêt contre trois dirigeants du Hamas. Enfin, la CPI enquête sur la situation en Palestine depuis 2014, bien avant le 7 octobre 2023.

Historiquement, Israël met pour la première fois les pieds à Gaza en 1967, à l'issue de la guerre des six jours. C'est, à l'époque, un territoire uniquement palestinien. Depuis, un nombre conséquent de dirigeants israéliens ont cherché (à commencer par le père de Benyamin Netanyahou) à récupérer la bande de Gaza et la Cisjordanie, notamment par l'évacuation des Palestiniens. Le 7 octobre fut l'occasion pour Netanyahou, son gouvernement et les extrémistes religieux pour passer de l'évacuation à l'extermination. D'où la qualification de crime contre l'humanité par la CPI et de génocide par la Commission des Nations unies.

Que représente le 7 octobre ? Le Hamas, considéré par l'UE comme organisation terroriste, est un mouvement politique religieux issu des frères musulmans, créé en 1987, en opposition à l'OLP, fondée en 1964, par une coalition laïque. Sur le plan du droit international, la distinction entre terrorisme et lutte pour une libération nationale n'est pas claire, du moins n'a pas reçu un consensus définitif. La branche armée du Hamas, le 7 octobre, s'est-elle comportée en terroriste ou en lutte en vue de libérer Gaza ? Chacun y répondra. En revanche, quelle que soit la réponse, selon ces deux points de vue radicalement opposés, le résultat fut un massacre de population civile (au moins 800 sur les 1200). Il est donc incontestable qu'il s'agit d'un crime de guerre, voire d'un crime contre l'humanité s'agissant de civils.

La voix officielle de la France insoumise parlera de crime de guerre au lieu de terrorisme, contrairement aux autres voix officielles. Pourquoi ? Le terrorisme est de l'ordre de l'assassinat pur et simple tandis que le crime de guerre suppose une lutte armée en vue d'une intention politique. Nous ne sommes plus du point de vue du droit international qui ne sait pas, du reste, trancher la question mais de celui de la morale. Or nous savons, contrairement aux idées reçues, que la politique est d'abord un exercice moral. La position de LFI est donc une position morale face à des gouvernements israéliens successifs qui ne reconnaissent pas le droit de vivre et d'autodétermination d'un peuple voisin. Et ceci depuis quand même 1967. On peut discuter de ce positionnement politique mais de là en faire un procès d'antisémitisme contre les Insoumis s'avère tout simplement une récupération politique franco-française indigne et abjecte. Où se trouve le lien causal entre défendre la dignité et l'autodétermination du peuple gazaoui et l'antisémitisme qui n'est autre que du racisme, tout aussi abject, contre les juifs ?

Telle est, du moins selon ma conviction, la position morale des Insoumis et des mouvements propalestiniens face à la doxa des médias français officiels qui restent aveugles à l'intention totalement immorale des dirigeants israéliens. En synthèse, le peuple palestinien doit pouvoir vivre sur sa terre comme ce fut le cas du peuple juif avant 1948. Dans les faits, il n'y a ni antisionisme ni antisémitisme. Le sionisme est un mouvement politique légitime depuis 1897, lors du premier Congrès sioniste à Bâle, en Suisse, réclamant une terre pour son peuple. L'antisémitisme est un racisme de plus. Quand j'entends des philosophes de plateaux les confondre, je désespère… Les peuples juifs et palestiniens doivent pouvoir vivre, plutôt ensemble, ce qui fut longtemps le cas, comme en Espagne ou en Afrique du Nord. Je dénonce donc ici la récupération politique abjecte d'évènements tragiques des deux côtés, pour uniquement salir le combat politique des Insoumis. L'esprit critique devrait pouvoir nous ouvrir les yeux et ne plus nous laisser manipuler !

Ma mère a été violée par un allemand. Cet héritage est gravé en moi comme, toute proportion gardée, les camps d'extermination sont gravés dans le cœur du peuple juif. J'ai une amie d'origine juive qui ne supporte plus Mélenchon depuis le 7 octobre. Évidemment, je la comprends et je compatis avec tous les descendants d'atrocités comme celles et ceux qui les vivent encore en ce moment même. C'est le cas des gazaouis et bien d'autres…

Cependant, il va falloir apprendre à vivre ensemble avec ces crimes d'État, les guerres, toujours atroces, et les génocides comme celui des Arméniens, des Ouïgours au nord de la Chine, jadis des Amérindiens et d'autres encore… Comme aussi avec les Français contre les Algériens de 1954 à 1962. Évidemment, la branche armée du FLN, considérée jadis par la France comme terroriste, a aussi répondu avec ses propres atrocités. Nous héritons tous de ces atrocités et devons aujourd'hui cesser de nous accuser les uns les autres, car nous sommes tous coresponsables, du moins coresponsables de ne plus jamais les reproduire demain. Le combat des peuples n'est plus dans le passé, il est au présent en vue de construire un meilleur avenir pour tous les peuples opprimés. Comme les Insoumis, je les invite à s'accrocher à ce combat social et politique actuel tout en faisant la paix dans leur cœur. Évidemment, c'est loin d'être facile. Mais le pardon s'avère le seul chemin de la paix intérieure. Et sans paix intérieure, il n'y aura pas de paix entre les peuples.

À ce jour, la paix entre israéliens et palestiniens semble improbable. Or, là encore, seul le pardon réciproque permettra la paix. C'est pourquoi les gouvernements, notamment occidentaux, ont sur leurs épaules une lourde responsabilité dans leur manière de réagir, encore une fois, immorale. J'insiste lourdement : il n'existe pas de saine politique sans moralité, sans une éthique dans tous les domaines de la vie humaine. La classe politique française et européenne se croit moralement inattaquable face aux évènements tragiques du 7 octobre. En réalité, elle encourage Netanyahou dans sa folie meurtrière. Lequel, se sachant soutenu par la collectivité internationale, même malgré le mandat d'arrêt de la CPI, attaque également sans relâche le Liban.

En dernière conclusion, sans une réelle éthique en politique, y compris face à nos amis les bêtes, la biodiversité, la Nature et la planète, nous perdons notre humanité !

Si vous souhaitez mieux approcher la Morale vitale permanente en politique, l'importance de la pensée du cœur d'un peuple, le drame du racisme et de toutes les discriminations abjectes, je vous invite à visiter le site www.aucoeurdespeuples.org (tout y est gratuit). Le jour où nous serons une majorité à éveiller en nous le processus démocratique universel inné, celui qui fait défaut à nos dirigeants, alors nous pourrons restituer le « pouvoir en commun » aux peuples et bâtir un monde économique sain, libre et en paix. D'un paradis terrestre, nous en avons fait il y a 5.000 ans un enfer. Il ne tient qu'à nous, les peuples, et seulement à nous, de sauver la planète qui ne supporte plus nos mensonges politiques, écologiques et économiques !

Jean-Charles Conti, Draguignan, le 30 juillet 2026

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