
Le communisme du Christ à Marx ?
J'ai longuement décrit la pensée du Christ (cf. les podcasts La pensée du Christ I & II), que l'on pourrait résumer par un communisme spirituel. Que dit-il ? De nous aimer les uns les autres dans une communion avec la Nature ; sinon nous ferons notre propre malheur (cf. le podcast Nos origines spirituelles). Le malheur, nous l'avons engendré il y a environ 5.000 ans (cf. le podcast La Chute néolithique). Rappelons que, selon moi et d'autres, le Christ n'est pas venu instaurer une nouvelle religion mais nous rappeler, il y a 2.000 ans, notre nature double perdue seulement depuis 5.000 ans. Notamment par sa propre nature double, à la fois humaine et divine, à la fois corporelle et spirituelle. Toute sa vie, son mythe-histoire, ses paraboles et ses miracles de guérison n'ont qu'un objectif : l'histoire de notre nature double perdue. Qu'il est possible de ressusciter ce monde de mort en monde de vie, ici et maintenant.
Comment nous aimer ? En éveillant, en nous et en dehors de nous, l'ensemble des « valeurs universelles transcendantes » (cf. son podcast) gravées dans nos cœurs biologiques à la naissance. Les éveiller, c'est les traduire en actes dans nos vies quotidiennes, sociales, politiques et économiques. En termes de bonté, bienveillance, partage, solidarité, tolérance, coopération dans le travail, mutualisation des accidents de la vie… En clair, le communisme du Christ pourrait se formuler ainsi : partager et prendre soin ensemble des communs en harmonie avec la Nature. Les communs, ce sont les richesses et les ressources offertes par la Nature de manière illimitée, gratuitement et non remboursables, puisqu'elles se régénèrent tous les ans (cf. le podcast L'Argent magique).
Que nous apprend le communisme de Marx selon les enseignements de Bernard Friot et Bernard Vasseur ? En premier lieu, que le travail est consubstantiel à l'être humain. Nous sommes le travail, nous dit Friot. Le travail est donc aussi un commun qu'il faut partager et dont il faut prendre soin en harmonie avec la Nature. En ce sens, notre rapport au travail est au cœur de la réelle démocratie (cf. le podcast Les deux démocraties). Comment en effet instaurer une réelle démocratie sans une démocratie dans le travail ?
Or Friot nous montre comment le capitalisme a inversé la conception du travail en un rapport, contre-nature, de subordination envers la classe bourgeoise, propriétaire de l'outil de production. Laquelle est supposée nous « donner du travail ». Nous allons au travail alors que nous sommes le travail. Sans les travailleurs, il n'y aurait pas de production possible ! Ce catéchisme capitaliste de la hiérarchie malveillante non seulement est contre-nature, mais conduit tous les systèmes économiques, de l'offre ou de la demande, à l'échec depuis Adam Smith. À propos de hiérarchie, je renvoie le lecteur au podcast La relation universelle humaine, dans lequel je montre que toute la Nature, et donc la nôtre, est hiérarchisée (y compris notre corps), sauf qu'il existe deux hiérarchies, la bienveillante et la malveillante.
De même, j'avais remarqué que la pensée du Christ avait été trahie (inversée) par la religion chrétienne depuis Constantin Ier. Notamment à partir des propos de saint Paul soumettant les hommes au pouvoir toxique des ministres de Dieu et les femmes à celui de leur mari. Cette inversion du principe d'égalité christique en une fausse hiérarchie divine fut largement reprise tout au long du capitalisme, et encore aujourd'hui. Cette hiérarchie malveillante religieuse, abondamment instaurée en vue de soumettre les peuples au profit des dominants (les pauvres seront riches au Ciel éternel), fut prolongée, terme à terme, par le capitalisme dénoncé par Marx.
En second lieu, Friot nous invite à développer les déjà-là communistes. Prenons les deux principaux exemples. D'abord, le statut des fonctionnaires, aujourd'hui farouchement combattu par la contre-révolution capitaliste. Leur salaire, qu'il y ait ou non du travail, est acquis à vie jusqu'à leur mort. Leur retraite est un salaire continué. Ce « salaire à vie », attaché aux droits du citoyen, lequel n'est plus subordonné au marché de l'emploi, s'avère un déjà-là qu'il suffirait de déployer à tous les salaires pour sortir de la religion du capitalisme.
Que dit le Christ ? Fils de charpentier, Jésus montre que l'activité professionnelle n'est pas une punition, mais un lieu de dignité où l'on collabore à l'œuvre du Créateur (la Nature). Dans ses paraboles, il valorise l'éthique de la responsabilité (Friot de son côté y insiste !), la diligence et l'esprit d'initiative qui font fructifier les ressources confiées. De même, le communisme du Christ rappelle que le fruit du travail doit aussi servir à la solidarité. Enfin, si le Christ valide le travail, il en refuse fermement l'aliénation. Lisons à ce propos Bernard Friot et Bernard Vasseur dans Le communisme qui vient :
« Le travail devient cette expression de nous-mêmes par laquelle, collectivement et avec les vivants non humains et le non-vivant, nous produisons les conditions de notre vie sur terre. Cette expression de nous-mêmes ne peut être que souveraine, relever d'une libre participation à des fins librement décidées en commun. »

Le communisme qui vient — Bernard Friot & Bernard Vasseur
Autre exemple : le régime général de la Sécurité sociale. Son principe : de chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins. Jusqu'à ma mort, avec ma carte Vitale – équivalente à une carte bleue – je paye tout le nécessaire pour me soigner auprès des producteurs de soins conventionnés. Que nous montre le Christ face à la maladie ? Notre devoir de compassion et de solidarité, ce que nous permet, en France, notre carte Vitale. Friot et Réseau Salariat proposent même d'étendre ce montage financier, hors capitalisme, à l'alimentation, au logement, à la culture, à l'énergie, etc. Or, selon le Credoc, 31 à 37 % des Français se considèrent en situation d'insécurité alimentaire. De même, la pauvreté n'a pas accès à la culture, aux logements correctement isolés, à l'énergie pour se chauffer ou se climatiser durant les canicules… Toutes ces insécurités sont d'abord un scandale spirituel !
En troisième lieu, Friot raconte comment, depuis 1960, les CHU sont financés par les salaires (cotisations sociales) et non par une avance en capital, comme l'impose le secteur marchand. Les soignants soignent sans jamais se soucier du financement de leur hôpital. Or, depuis le néolibéralisme des années 1980, l'hôpital est managé comme une entreprise, au point de ne plus avoir parfois le strict nécessaire pour soigner (cf. le Covid). Je pousserais même l'analogie entre le Christ qui guérissait gratuitement et la Sécurité sociale qui en fait autant, un déjà-là communiste. Quel être humain, face à la maladie d'autrui, ne lui porterait pas un secours inconditionnel ? Qu'il s'agisse du Christ ou du communisme de Friot, la vie est sacrée, le travail aussi !
Deux conséquences à noter : la souffrance et l'écologie.
1/ Supprimez le lien de subordination au travail, libérez les travailleurs, rendez-leur leur capacité à délibérer et décider collectivement du travail, alors la souffrance au travail disparaîtra.
2/ Laissez les citoyens-producteurs (les travailleurs) délibérer et décider des besoins et biens communs utiles à la société, sortons du capitalisme inhumain et extractiviste, alors nous pourrons appliquer concrètement une écologie viable et stable.
Pis encore, sans le communisme de Friot, issu de celui de Marx, en adéquation avec celui du Christ, sans une révolution de notre rapport au travail, il n'y aura jamais de transition écologique, ni de lutte contre le réchauffement climatique, ni la pratique d'une saine économie et encore moins l'instauration d'une réelle démocratie.
Je tiens ici à remercier Bernard Friot de m'avoir (et bien d'autres) déniaisé s'agissant du pouvoir toxique sur le travail qu'impose l'idéologie capitaliste. Je ne l'avais pas vu !
Si vous souhaitez aborder notre nature double, avec son versant spirituel, une autre approche de la politique et sa transcendance (un ascenseur spirituel), la nature des « deux pouvoirs » et le concept d'une Écologie spirituelle, je vous invite à visiter le site www.aucoeurdespeuples.org (tout y est gratuit). Le jour où nous serons une majorité à éveiller en nous le processus démocratique universel inné, alors nous pourrons restituer le « pouvoir en commun » aux peuples et bâtir un monde libre et en paix. D'un paradis terrestre, nous en avons fait il y a 5.000 ans un enfer. Il ne tient qu'à nous, les peuples, et seulement à nous, de sauver la planète qui ne supporte plus nos mensonges politiques, écologiques et économiques !
Jean-Charles Conti, Draguignan, le 17 septembre 2026
Pour approfondir cette vision d'une société réconciliée avec le pouvoir citoyen, découvrez le livre et le projet sur www.aucoeurdespeuples.org