
L'origine de la violence ?
La réponse à cette question est très simple : il n'y a jamais de violence dans la Nature, uniquement chez l'être humain et seulement depuis environ 5.000 ans. Pourquoi ? Parce qu'il n'y a de violence que si la « Vie » sur terre est menacée, quelle que soit la forme vitale en question. Par exemple, raser une forêt est violent puisque l'écosystème vital est menacé. Pour la même raison, le capitalisme engendre quantité de violences sur la planète, les vivants et les vivants humains. En revanche, quelle que soit notre projection sur une lionne qui tue une antilope pour nourrir ses petits, il n'y a jamais de violence chez Mère-nature dans la mesure où elle donne la vie et la protège.
Depuis quand Homo sapiens est-il violent ? Il y a environ 5.000 ans, la sédentarisation s'est pervertie en propriété illimitée (avec son corollaire la dette) et la domestication en pouvoir absolu (cf. le podcast La Chute néolithique). Ainsi les guerres apparaissent et inscrivent dans nos cerveaux les premières violences. Voici deux références éloquentes.
Citons déjà l'anthropologue David Graeber :
« À l'origine, les êtres humains vivaient dans un état de nature où tout était détenu en commun ; c'était la guerre qui avait commencé à diviser le monde, et le "droit des gens" qui en avait résulté – les usages communs à l'humanité qui régissent des questions comme la conquête, l'esclavage, les traités et les frontières – avait été le premier responsable des inégalités de propriété aussi. »
Dans son étude anthropologique remarquable, Dette, 5 000 ans d'histoire, l'auteur associe clairement propriété, dette et guerre, donc violence.

Dette, 5 000 ans d'histoire — David Graeber
De même, Karl Polanyi, dans La Grande Transformation :
« Dans une telle communauté [primitive], l'idée de profit est exclue ; il est mal vu de chicaner et de marchander ; le don gratuit est loué comme vertu ; la propension supposée au troc, au paiement en nature et à l'échange ne se manifeste pas. En fait, le système économique est une simple fonction de l'organisation sociale. »
Ici, nous sommes bien avant cette époque fatidique de l'apparition de la propriété, donc des guerres et de la violence.

La Grande Transformation — Karl Polanyi
La version officielle a inversé notre histoire : nous étions civilisés depuis que nous creusions des tombes pour nos amours (-100.000 ans), puis nous nous sommes barbarisés il y a environ 5.000 ans. D'un paradis terrestre, nous en avons fait un enfer.
Or la bien-pensance déclare l'homme, par nature, va-t'en-guerre et violent, notamment pour mieux masquer, voire justifier sa propre violence d'État face à des manifestants. En réalité, la violence est directement liée à la question du pouvoir. Nous savons qu'il n'existe que deux pouvoirs (cf. le podcast Les deux pouvoirs) : le bon et le mauvais. Le bon est nécessairement un « pouvoir en commun » où tous les protagonistes concernés délibèrent et décident ensemble de leur destin commun. Le mauvais est un pouvoir toxique sur autrui… sur les femmes, les faibles, notamment les lycéens et celles et ceux qui n'ont pas ou plus de pouvoir sur leur vie. Dès lors, la violence s'origine quand nous n'avons plus de pouvoir sur nos vies. C'est le cas des manifestants qui réclament le pouvoir de manger, d'étudier, de mettre de l'essence, de trouver du travail, de soigner, d'éteindre un feu, bref de vivre dignement. C'est aussi le cas d'un État qui, lui aussi, a perdu son autorité, donc le pouvoir en commun avec son peuple. Ce qui engendre des abus de pouvoir. Moins vous avez de pouvoir, plus vous tentez d'en abuser : c'est inversement proportionnel.
Arrivons à la journée du 17 octobre 2026 durant laquelle il y a eu de la violence de part et d'autre. Commençons par la violence et les pillages par certains manifestants. D'où vient-elle ? Évidemment d'une absence de pouvoir économique sur leur vie qu'ils font savoir aux pouvoirs publics par des cibles liées au capitalisme. Est-ce condamnable ? Oui évidemment. Peut-on l'expliquer et les comprendre ? Oui également. Comment répond l'État ? Par sa violence supposée légitime. Quand sa violence n'est-elle plus légitime ? Quand la doctrine du maintien de l'ordre n'est plus conforme à l'usage. Par exemple, l'un des trois piliers visant à encadrer les manifestations est la « mise à distance des manifestants ». Cette doctrine n'est plus respectée depuis au moins les Gilets jaunes, et pas davantage le 17 octobre : par exemple, les voitures béliers de la police qui fonçaient sur les manifestants.
Plus généralement, le capitalisme, en collusion avec les États néolibéraux, produit avec certitude une violence sociale dans la mesure où une majorité de la population a perdu son pouvoir sur sa vie (pouvoir d'achat, pouvoir d'étudier, pouvoir de rouler, de construire un avenir…). Se sentant dépossédés du minimum vital, d'année en année depuis 50 ans, de subir l'austérité économique imposée par ce capitalisme sauvage et destructeur des services publics, bien évidemment la violence quotidienne contenue finit, à la première occasion, par exploser de manière chaotique. Que répondent nos gouvernants ? Rien ! Ils font mine de ne rien comprendre et surtout sont capables de la pire démagogie.
Exemple, Macron répond aux manifestants : « Comment des Français peuvent faire cela à la France ? », tout en affirmant : « Nous ressentons tous ce soir de la colère, de la honte. » Puisque vous semblez l'ignorer, voilà, monsieur le Président, l'origine de votre violence depuis 10 ans. Au vrai, votre indignation est indigne de nous, votre peuple que vous maltraitez, à commencer par ses enfants.
Vous devriez écouter attentivement Clément Viktorovitch, repris par Vinz sur Limit : 1/ que l'on vous propose des pétitions (loi Duplomb), 2/ des cahiers de doléances (Gilets jaunes), 3/ des conventions écologiques, 4/ des plateformes pour les lycéens ou, pire encore, 5/ que vous perdiez les élections en 2024, vous n'écoutez RIEN ! Et vous entrerez dans l'histoire en ridicule despote !
En revanche, si vous aviez daigné négocier, c'est-à-dire accorder votre volonté d'État avec la volonté souveraine des manifestants, dès le 28 septembre, vous seriez alors entré dans une relation positive que j'appelle « pouvoir en commun » et vous auriez ouvert un nouveau champ de liberté (cf. le podcast La liberté). Alors, la journée du 17 octobre et les suivantes n'auraient jamais existé. Mais pour cela, il aurait fallu étudier un minimum de philosophie et posséder un tant soit peu d'empathie.
Ce qui m'amène à poser une question à mes concitoyens : comment se fait-il que l'on puisse entrer en politique, se présenter au suffrage sans l'ombre d'un diplôme en la matière ? Notamment un examen de moralité… Car l'exercice de la politique est d'abord un acte moral puisqu'il s'agit, avant toute chose, de défendre le Bien commun.
Si vous souhaitez mieux approcher le drame de la propriété lucrative, son origine et son corollaire la dette, plus encore, en quoi la dette gouverne les peuples, les deux pouvoirs, le bon et le mauvais, mais aussi les critères et la nature de la Démocratie directe, spirituelle-laïque, je vous invite à visiter le site www.aucoeurdespeuples.org (tout y est gratuit). Le jour où nous serons une majorité à éveiller en nous le processus démocratique universel inné, celui qui fait défaut à nos dirigeants, alors nous pourrons restituer le « pouvoir en commun » aux peuples et bâtir un monde économique sain, libre et en paix. D'un paradis terrestre, nous en avons fait il y a 5.000 ans un enfer. Il ne tient qu'à nous, les peuples, et seulement à nous, de sauver la planète qui ne supporte plus nos mensonges politiques, écologiques et économiques !
Jean-Charles Conti, Draguignan, le 23 octobre 2026
Pour approfondir cette vision d'une société réconciliée avec le pouvoir citoyen, découvrez le livre et le projet sur www.aucoeurdespeuples.org