
Délinquance et politique
Côté délinquance politique, la France peut se glorifier d'une énième exception ! Après un ex-Président condamné, une candidate concoure à la présidentielle 2027, peut-être même avec un bracelet électronique à la cheville. Cette situation inédite et ubuesque mérite toute notre attention.
D'abord du point de vue éthique. Marine Lepen, qui jadis réclamait l'inéligibilité à vie pour les délinquants politiques, retourne sa veste avec un sourire béat : « Je suis candidate » malgré sa condamnation confirmée en appel. On dirait de manière triviale : « Mme Lepen n'a vraiment pas de figure ! ». La dégradation morale en politique est patente. Un exemple : le 27 mai 1988, Michel Rocard rend public une lettre circulaire à son gouvernement intitulée « Gouverner autrement ». Il y consacre le « Respect de l'État de Droit, Respect du législateur, Respect de la société civile, Respect de l'administration, Respect de la cohérence gouvernementale. » Depuis, une règle non écrite s'imposait : tout ministre mis en cause dans une affaire judiciaire devait démissionner. Bref, il s'agissait de respecter le peuple, du moins officiellement. 30 ans plus tard, ouvertement, sans vergogne, même la haute justice ne le respecte plus. Je m'explique.
Du point de vue de la justice, qu'ont dit les juges de première instance ? Au nom de la démocratie, Mme Lepen, désormais condamnée, ne peut pas se présenter à la présidentielle 2027 (inéligibilité). Qu'ont dit les juges de la Cour d'appel ? Au nom de la même démocratie, Mme Lepen, à nouveau condamnée, doit pouvoir se présenter à la présidentielle 2027. Déjà au XVIIème siècle, Jean de La Fontaine déclarait : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. »
Or l'un des piliers de la démocratie est, ou plutôt était, l'état de droit. C'est-à-dire la même justice pour tous, y compris pour l'État et ses gouvernants. Déjà Bruno Retailleau affirmait l'inverse : « L'État de droit, ça n'est pas intangible, ni sacré. » Ainsi la Cour d'appel, dans un arrêt clairement motivé, consacre un déni de démocratie. On se souviendra d'un autre déni de démocratie en 2005 à propos du NON des Français s'agissant du Traité de constitution européenne. Dès lors la justice d'aujourd'hui ouvre une nouvelle jurisprudence qui ébranle l'état de droit, le traitement pénal spécifique réservé aux délinquants politiques… Bref, la démocratie flageole !
Certes, la France n'a jamais été une réelle démocratie depuis 1789 (cf. le podcast : Les deux démocraties). Mais quelle différence entre hier (il y a 30 ans) et aujourd'hui ? Hier, ils se cachaient, aujourd'hui ils violent l'esprit de la démocratie ouvertement.
S'agissant de la morale, les gouvernants mentent sans vergogne et trafiquent le réel en contre-vérités (cf. Logocratie de Clément Viktorovitch).
S'agissant de l'état de droit, le plus haut sommet de la justice française vient de confirmer sa propre trahison au regard de son peuple. L'affaire est grave car nul ne peut vraiment envisager les conséquences politiques. Le peu de démocratie vacille. Si Mme Lepen est élue, la France aura moralement à sa tête une délinquante, même si la Cour de cassation casse entre-temps l'arrêt de la Cour d'appel ; ce qui est peu probable. Tous les plus éminents juristes du pays ne s'accordent pas et ne maîtrisent plus une telle situation inextricable et si gravement immorale.
C'est dire le « stade zéro » de la morale et de la justice en France, comme l'avait déjà constaté Emmanuel Todd. Il est clair que nous nous acheminons vers un régime fascisant, autocratique, creusant davantage les inégalités et consacrant une justice et même une santé à deux vitesses. Nous entrons dans une post-démocratie fondée sur une post-vérité : le mensonge et l'irréalité politique et économique vont régner !
Certes, je radote. Mais je supplie mes concitoyens de bien réfléchir pour qui vous allez voter. Que cela soit Marine Lepen, un Retailleau, un ex macroniste ou encore un faux socialiste, le résultat sera le même à quelques nuances près. Seul, le programme des Insoumis freinera l'inéluctable. Peut-être même l'arrêtera-t-il ? Notamment grâce à la 6ème République abolissant la monarchie présidentielle et la caste oligarchique, instaurant le Référendum d'initiative citoyenne (RIC), par lequel les citoyens qui réunissent suffisamment de signatures pourront révoquer des élus, proposer ou abroger une loi et modifier la Constitution, et, entre autres choses, supprimant le monopole médiatique aux mains des milliardaires.
Toutes celles et ceux qui n'aiment pas Mélenchon devraient au moins lire les têtes de chapitre du programme des Insoumis avant de préjuger. C'est le programme qui importe, pas le bonhomme !
Si vous souhaitez mieux comprendre le drame de la démocratie représentative telle qu'elle est depuis la Révolution française, la nature de la vraie politique et ses deux pouvoirs, je vous invite à visiter le site www.aucoeurdespeuples.org (tout y est gratuit). Le jour où nous serons une majorité à éveiller en nous le processus démocratique universel inné, celui qui fait défaut à nos dirigeants depuis trois siècles, alors nous pourrons restituer le « pouvoir en commun » aux peuples et bâtir un monde économique sain, libre et en paix. D'un paradis terrestre, nous en avons fait il y a 5.000 ans un enfer. Il ne tient qu'à nous, les peuples, et seulement à nous, de sauver la planète qui ne supporte plus nos mensonges politiques, écologiques et économiques !
Jean-Charles Conti, Draguignan, le 14 juillet 2026, fête nationale
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