
Capitalisme vs communisme
Suite aux travaux remarquables de Bernard Friot, économiste et sociologue, il s'avère que son communisme est le symétrique inversé du capitalisme. Lui-même explique que le capitalisme a inversé notre rapport au travail. L'employé est subordonné à l'employeur. Le capitalisme soumet le monde du travail avec comme seul objectif son profit, la rentabilité du capital. L'employé n'est plus autonome et libre de déterminer son travail. Tandis que dans le communisme, le citoyen-producteur EST le travail, explique Friot. L'être humain est consubstantiel au travail : il travaille pour-soi-en-commun, tel un artisan créateur ou un producteur de lait. À l'inverse, l'employé travaille pour autrui, sous sa domination.
En ce sens, le capitalisme inversa aussi la valeur-travail, passant d'une valeur qualitative au sens du bonheur issu de son propre travail bien fait par la valeur quantitative en espèces sonnantes et trébuchantes. Dans Le communisme qui vient, coécrit avec Bernard Vasseur, ils le formulent ainsi :
« Il ne s'agit donc pas – insistons encore – d'être fier de son travail, mais d'être fier d'en tirer de quoi vivre malgré toutes les difficultés. On comprend que la valeur-travail soit au cœur du catéchisme de la religion capitaliste, enseignée et célébrée à toute occasion. »

Le communisme qui vient — Bernard Friot & Bernard Vasseur
J'avais analysé qu'il n'existait que deux pouvoirs : le bon, le pouvoir en commun, et le mauvais, le pouvoir toxique sur… (cf. le podcast Les deux pouvoirs). Sur autrui, les femmes, les faibles, les racisés, nos amis les bêtes et la Nature, sauf que je n'avais pas vu l'essentiel : le pouvoir sur la production détenu par la classe dominante. Comme en démocratie représentative (la nôtre), le peuple est dépouillé de son pouvoir souverain pendant cinq ans ; en économie capitaliste, le monde du travail est dépossédé de son pouvoir producteur ? Cette dépossession imposée, cette subordination contre-nature engendre souffrances et diverses pathologies au travail.
Selon le GHU Paris, 9 Français sur 10 considèrent la santé mentale comme un enjeu de société et attendent des mesures de protection de la part de leur employeur. La souffrance au travail provient principalement de dysfonctionnements liés à l'organisation, aux conditions de travail et au management. Bref, le travail subordonné, permettant un piètre salaire, s'avère également un objet de souffrance.
Par ailleurs, Bernard Friot distingue le « salaire capitaliste » de son exacte contraire, le « salaire communiste ». Ce dernier est un salaire à vie (comme celui des fonctionnaires) mais à la condition que, dans le privé, le salarié possède la copropriété d'usage de son entreprise. Alors il n'est plus subordonné mais souverain. Le droit au travail, donc au salaire communiste, devient un attribut de la citoyenneté, explique Friot. Alors que le « salaire capitaliste » nécessite de trouver un emploi sur le « marché du travail ». L'être humain est ainsi réduit à un « capital humain » au service, corps et âme, d'une minorité de « propriétaires-dominants ». Laquelle ne voit que son profit financier sans jamais se soucier du Bien commun.
Avançons. J'avais montré, à partir de « La loi universelle de coopération », que, tant la Nature elle-même que celle de l'homme, elles fonctionnaient essentiellement en coopération. Je m'étais appuyé notamment sur les travaux du biologiste Oliver Hamant nous alertant du drame de la compétitivité dans nos sociétés. Que fait le capitalisme ? Il divise le travail (le fordisme) tandis que le communisme invite à la production socialisée en coopération.
Autre exemple. Dans le capitalisme, la création monétaire ex nihilo (cf. le podcast L'Argent magique) est au service des futurs profits et des investissements, lesquels fourniront des emplois subordonnés. Tandis que dans le communisme, la création monétaire ex nihilo investit, gratuitement, dans les salaires et la propriété d'usage permettant la production de biens et services, mais cette fois-ci sans profit. C'est le cas des CHU financés, à partir des années 1960, par les cotisations du régime général de la Sécurité sociale. Le personnel soignant n'avait pas à rembourser les investissements d'origine, il se consacrait en totalité à soigner. Or, depuis les années 2000, le catéchisme capitaliste (un mot de Friot), avec son management contre-nature, s'est infiltré au point que le même personnel passe la moitié de son temps à la paperasse au nom d'une supposée meilleure gestion.
Ce déjà-là communiste, explique Friot, nous montre un chemin vertueux qu'il est possible de généraliser à l'alimentation, la culture, les énergies ou l'acier. Précisons que le chiffre d'affaires de la santé représente quand même 10 % du PIB en France.
J'avais également dénoncé le drame du caractère illimité de la propriété privée (cf. le podcast La propriété, sœur jumelle du pouvoir). Cette fois-ci, j'avais convoqué l'économiste Thomas Piketty dans Capital et idéologie et Composer un monde en commun de Gaël Giraud. Que nous enseigne Friot ? Que le travail est un commun au même titre que la terre, l'air, l'eau, l'argent public. Que, dans son communisme, les citoyens-producteurs détiennent, en commun, la propriété d'usage de leur outil de travail, notamment sous forme juridique de sociétés en participation (SCOP).

Capital et idéologie — Thomas Piketty
De même encore, dans le podcast La loi sacrée du destin, j'avais conclu qu'il n'existait pas de destin personnel, qu'il était illusoire de croire qu'un milliardaire ou un grand patron ne réussissait que par lui-même ; que notre destin individuel s'avérait nécessairement en commun, y compris avec celui de la Nature, que nous soyons un couple, trois, une collectivité ou un peuple. Que nous montre le communisme de Friot ? Comme sa racine l'indique, qu'il s'agit de partager et prendre soin des communs, non-humains ainsi que du non-vivant. Autrement dit, l'écologie est au cœur de son communisme.
Plus généralement, si à destin commun, pouvoir en commun, j'avais conclu que l'essence même de la démocratie représentative s'avère :
1/ Contre-nature puisqu'elle aliène la volonté du peuple, donc son destin, car toute aliénation de la volonté d'autrui est contre-nature.
2/ Anti-démocratique puisque ce n'est plus le peuple qui gouverne… Nous élisons des représentants, sans mandat impératif, qui décident en notre nom ce qui les arrange.
3/ Immorale puisqu'elle ne recherche jamais volontairement le Bien commun du peuple, donc le Bien en soi.
4/ Illégitime puisque son pouvoir n'est qu'une coalition de pouvoirs personnels qui ne sait jamais s'autolimiter et, du coup, ne peut que nous conduire vers la tyrannie.
5/ Illégale car promulguer une loi, en pleine nuit et contre tout le peuple, est illicite, du moins dans un régime réellement démocratique.
De la même manière, à la lumière de Bernard Friot, le capitalisme est :
1/ Contre-nature puisqu'il aliène la volonté des travailleurs, donc leur destin.
2/ Anti-démocratique puisque ce n'est plus le monde du travail qui délibère et décide de la production des biens utiles, sans profit inutile.
3/ Immoral puisqu'il ne recherche jamais volontairement le Bien commun des travailleurs, mais son seul profit.
4/ Illégitime puisque son pouvoir n'est qu'une coalition de pouvoirs financiers qui ne sait jamais s'autolimiter (la tyrannie au travail est une réalité).
5/ Illégal dans la mesure où il se fonde sur des supposées lois économiques (la main invisible d'Adam Smith) qui n'existent pas, comme le ruissellement ou la théorie monétaire sur l'inflation de Milton Friedman (cf. le podcast Le drame de la spéculation). L'analogie est saisissante ! Non ?
Le cœur de mon travail fut de montrer la présence en nous d'une nature double avec ses deux versants matériel et spirituel. Plus encore, ils fonctionnent ensemble mais de manière symétriquement inversée. Ma conclusion est donc la suivante : le capitalisme est une version malveillante de notre versant matériel (égoïsme, tyrannie, racisme…), alors que le communisme de Friot appartient à la version bienveillante de notre versant spirituel. Je n'avais même jamais songé que la Sécurité sociale était une version matérielle de notre dimension spirituelle. Voilà un très bon exemple du fonctionnement de notre nature double. Que Bernard Friot soit ici remercié.
Si vous souhaitez aborder cette nature double, avec ses deux versants, je vous invite à visiter le site www.aucoeurdespeuples.org (tout y est gratuit).
Jean-Charles Conti, Draguignan, le 11 septembre 2026
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